Flyer du MACTe / réseaux sociaux, mai 2026
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LE MACTe DOIT-IL FAIRE DU POPULISME ?
L’opération de communication initiée par le MACTe qui fête ses dix ans d’existence en ce mois de mai 2026 a de quoi laisser perplexe. Deux choses interpellent singulièrement. S’il faut se réjouir de voir enfin l’institution reconnaître publiquement que son exposition permanente comporte des aspects pour le moins problématiques qui imposent des modifications significatives dans le récit proposé aux divers publics, on peut se demander pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour admettre cette évidence. Ce d’autant que dès son ouverture, le MACTe a été alerté par une série de questionnements émanant de citoyens, de spécialistes, d’associations culturelles et exprimés via des médiums divers : articles de presse, blogs, réseaux sociaux… Ces articles, largement diffusés ont été portés à la connaissance des dirigeants successifs du MACTe. Ainsi, dès juillet 2016, j’ai publié un article sur mon Blog* que j’ai pris soin de transmettre à Jacques Martial (aujourd’hui décédé) qui dirigeait l’Institution et à son collaborateur l’anthropologue Thierry L’Étang, puis à Laurella Rinçon qui leur a succédé, de même qu’à Isabelle Vestris nommée Directrice en décembre 2024.
Aucun de ces dirigeants n’a jamais pris la peine de me donner réponse, bien que J. Martial m’ait dit un soir de cocktail qu’il estimait que le MACTe était encore « trop fragile » pour répondre. Laurella Rinçon, lors d’un entretien informel sur les lieux, m’avait assuré qu’elle me confierait une mission consistant à passer en revue tous les biais repérables dans cette exposition permanente, précisant qu’elle ne promettait pas de changer tout ce que je pointerais du doigt. Pawòl an bouch pa chaj (La parole n’engage pas) dit-on chez nous, à rebours de nos traditions orales. Cette mission d’audit ne me fut finalement jamais confiée. D’autres projets qu’elle fit miroiter furent tués dans l’œuf et sa propre mission à la direction du MACTe se termina comme on sait, dans la débâcle.
Après une longue décennie d’existence au cours de laquelle nombre de Guadeloupéens refusent encore de mettre les pieds dans ce lieu qu’ils considèrent comme le temple d’une supercherie mémorielle faisant selon eux, injure aux mânes des ancêtres, voilà que le MACTe lance un appel général à « participer à sa refonte », ajoutant « Votre avis compte » !
Pareille annonce, pour spectaculaire et populiste qu’elle soit, ne saurait masquer des contradictions embarrassantes.
D’abord, est-il pertinent que le MACTe, qui a mission d’instruire et d’éduquer sur un sujet sensible dont l’actualité se fait l’écho (le monde découvre avec stupeur que le Code Noir n’est pas désactivé), sollicite l’avis de personnes néophytes, comme si en dépit des dix ans écoulés l’Institution n’avait aucune idée des changements à opérer dans son exposition permanente (films, artéfacts historiques, artistiques et discours tenus sur les objets, scénographie, pertinence ou discordance des personnages historiques convoqués et du projet ‘‘mémoriel’’ de l’ensemble) ? Par une demande racoleuse, voilà des visiteurs en quête de connaissance, mis en position d’indiquer au Mémorial le cap à suivre. Il sera difficile de faire oublier que l’Institution n’a jamais reconnu formellement les avis et réserves argumentés, formulés dès l’inauguration, par des associations et des personnes qualifiées.
Preuve, contrairement à l’annonce racoleuse, que « Notre avis ne compte pas ». Force est de constater que l’Institution demeure prisonnière d’un triple handicap paralysant : cécité, mutisme et surdité, intolérables compte tenu des enjeux que devrait relever le Mémorial. Or cette forme de suffisance, qui se manifeste jusque dans la manière désastreuse dont les vigiles peuvent mal accueillir les visiteurs (j’y ai été confronté à deux reprises ces derniers mois !)**, conduit dans les faits, à une décrédibilisation globale du MACTe.
En ce mois de mai 2026, période de commémoration d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, plutôt que faire appel au travail gratuit des Guadeloupéens (travail gratuit aboli en 1848), le MACTe ne devrait-il pas rémunérer une ‘‘équipe restreinte’’ de spécialistes ayant ‘‘carte noire’’ (l’expression ‘‘carte blanche’’ étant ici impropre) pour mener une mission affranchie de toute pression politique, dont l’objectif serait d’accomplir un travail de haute précision avec comme perspective la mise à plat méthodique de l’exposition permanente, véritable cœur du Mémorial ? Donner forme à un MACTe véritablement respectueux de la mémoire et des luttes contre la mise en esclavage et ses prolongements dans l’engagisme, menées par nos ancêtres issus des peuples autochtones, africains et indiens. Dans un tel lieu emblématique, n’est-il pas enfin temps de mettre en ‘‘ACTe’’ ce respect de nous-mêmes, par nous-mêmes ?
Jocelyn Valton – AICA Sud Caraïbes, le 30 mai 2026
(*) – Jocelyn Valton : Mémorial ACTe, la mémoire sous contrôle, 1/07/2016
https://jocelynvalton.blogspot.com/2016/01/memorialacte-art-memoire-esclavage-la.html
Suite à la publication de cet article, j’ai souvent répondu aux sollicitations de personnalités diverses voulant être accompagnées lors de leur première visite du MACTe (responsables du monde de l’Éducation, chefs d’Établissements scolaires, étudiants en thèse…). J’y ai également conduit plusieurs générations d’élèves. J’ai animé une table ronde avec Eddy Firmin-Ano, Bruno Pédurand, Kelly Sinnapah Mary, Philippe Thomarel, artistes de l’exposition Échos imprévus, 2016. J’ai animé deux visites guidées thématiques dans le cadre de l’exposition Le modèle noir, 2019 (MACTe / Musée d’Orsay).
(**) – À la suite de ces deux incidents, dont le second déboucha sur les invectives d’un vigile outrepassant le cadre de ses compétences, puis l’impossibilité pour nous de faire la visite sous des prétextes hallucinants (alors que j’étais en compagnie de trois personnes étrangères à la Guadeloupe), je fus étonné après quelques recherches, du nombre d’avis dénonçant le mauvais accueil auquel des visiteurs de toute origine avaient eu droit et qu’ils exprimaient depuis des années sur différents sites Internet. Le service communication et l’équipe de direction du MACTe peuvent-ils ignorer de telles défaillances ?
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